jeudi 19 février 2015

Le Quatrième Trimestre

Bonjour, j'ai décidé aujourd'hui de vous faire partager la traduction en français (par mes soins de non-professionnelle de la traduction donc...) d'un article publié par Sarah Ockwell-Smith sur son site http://sarahockwell-smith.com/.
Voilà le lien vers l'article original: The Fourth Trimester
J'ai trouvé que cet article résume très bien ce que j'ai appris avec mes 3 bébés, et je le partage souvent avec mes patients parents de nouveaux-nés, tout ceux qui viennent me voir en me disant "il ne dort jamais" " il adore les bras mais ma belle-mère dit que je lui donne de mauvaises habitudes", and so on (oui on a toutes entendu ça un jour!)...  

Le Quatrième Trimestre
ou "Pourquoi votre nouveau-né n'est heureux que dans vos bras"


"Mon bébé n'est content que dans mes bras, elle pleure à la minute où je la pose."
"Il dort très bien mais seulement allongé sur moi. Il déteste son couffin"
"Elle pleure à chaque fois qu'on la pose sur son tapis de jeu."
"Il déteste son berceau, il pleure à la seconde où on l'y met."



Si je gagnais un euro à chaque fois que j'entends ça de la part d'un nouveau parent, je serai très riche!
Ce qui m'étonne cependant c'est que la société en général ne comprend pas, personne ne comprend pourquoi tant de bébés ont besoin d'être portés pour se relaxer et ce qui m'étonne encore plus c'est qu'on passe tant de temps à essayer de les poser!
Et on y passe plus que du temps, le business du "posage de bébé" vaut des millions, balancelles, berceaux à bascule, chaises vibrantes, nounours "bruits du coeur" et la liste est longue...
Ayant été un nouveau parent qui a acheté tous ces articles, je suis embarrassée d'admettre aujourd'hui qu'il ne m'est même pas venu à l'esprit que la solution était peut-être de "ne pas" poser mon bébé, et je n'ai pas réfléchi en quoi ces choses pouvaient aider. Ça m'a pris beaucoup de temps pour comprendre et avoir de l'empathie pour mon bébé, pour voir le monde par ses yeux si l'on peut dire...



"Empathie: Identification intellectuelle avec, ou ressenti des sentiments, pensées ou attitudes d'une autre personne"
Pour ressentir de l'empathie pour nos nouveaux-nés, nous devons nous mettre à leur place, imaginer leur expérience du monde -mais quel monde? Le monde dans lequel ils ont passé la plus grande partie de leur vie, le monde utérin, ou le monde où ils sont maintenant, notre monde? Pour bien comprendre, nous devons apprécier l'énorme transition qu'ils ont vécu -un concept connu comme "le 4e trimestre". Certains font la transition de l'utérus au monde facilement, d'autres moins, et c'est de ceux-là en particulier, les "bébés accrochés" que l'ont peut apprendre le plus.



"La naissance désorganise soudain cette organisation. Pendant les mois suivant la naissance, le bébé essaie de recréer son organisation et de s'intégrer à la vie hors de l'utérus. La naissance et l'adaptation à la vie post-natale font apparaître le tempérament du bébé, alors que pour la première fois, il doit faire quelque chose pour que ses besoins soient assouvis. Il est obligé d'agir, de "se comporter". S'il a faim, ou froid, ou est surpris, il pleure. Il doit faire un effort pour obtenir ce dont il a besoin de la part de son entourage. Si ses besoins sont simples et facilement rassasiés, il est étiqueté "bébé facile"; s'il ne s'adapte pas si facilement, il est étiqueté "difficile"" -Dr William Sears. 
 
Alors comparons rapidement les deux différents "mondes" dans lesquels votre bébé a vécu:


                             UTERUS                                               MONDE EXTERIEUR
                              Sombre                                                          Lumineux
                          Bruits assourdis                                                Bruits forts
               Température chaude constante                          Température fluctuante
                       Nutrition constante                                              Faim et soif
                        Espace confiné                                                Beaucoup d'espace
                          Aquatique                                                             Aérien
                         Pas d'odeurs                                                  Beaucoup d'odeurs
              Contact constant avec la maman                       Beaucoup moins de contact
                   Porté en permanence                                  Porté beaucoup moins souvent
                                 Nu                                                                    Habillé
                Environnement doux et chaud                     Environnement parfois dur et froid


Plutôt différent, n'est-ce pas? L'idée principale à comprendre est que in utero le monde du bébé est constant, chaque jour identique, les stimulations ne changent pas, mais après la naissance chaque jour est différent- toujours changeant, toujours stimulant!



Le concept du Quatrième Trimestre nous aide à comprendre la transition que doit faire un nouveau-né pendant ses premières semaines sur Terre et une fois que nous avons compris cela, il y a de nombreuses façons de l'aider- mais pour moi, l'idée la plus importante est la compréhension et l'empathie des parents, une fois que cela est acquis, le reste viendra naturellement.
Voici quelques techniques courantes pour calmer les nouveaux-nés qui marchent assez bien, mais souvenez-vous que chaque bébé est différent, et si vous ne le savez pas encore, vous apprendrez vite ce que VOTRE bébé préfère et c'est cela qui compte, que cela fonctionne pour VOTRE bébé.
Les listes "ordonnances" de choses à faire ou ne pas faire pour calmer les bébés n'aident personne- parce qu'elles oublient qu'on a affaire à des individus- autant les parents que les bébés!
Certaines choses de cette liste seront inadéquates pour vous et votre bébé, certaines ne marcheront tout simplement pas, certaines ne vous plairont pas, et ce n'est pas grave!
Parce qu'en réalité, il ne s'agit pas d'appliquer des conseils mais plutôt que vous et votre bébé fassiez connaissance!

Le Mouvement

L'utérus est un espace en constant mouvement. Les contractions de fin de grossesse enveloppaient votre bébé régulièrement, et à chacun de vos mouvements votre bébé se balançait légèrement. Imaginez ce que ressentait votre bébé quand vous montiez les escaliers! Les bébés ont tendance à aimer le mouvement, mais la plupart du temps nous les posons dans des endroits complètement immobiles. Vous pouvez essayer de danser, vous balancer d'un pied sur l'autre, marcher vite ou une ballade en voiture un peu agitée...



Le contact peau-à-peau



Extrêmement efficace pour calmer un bébé! Être en contact avec votre peau chaude, naturellement (non)-parfumée, c'est le paradis pour un bébé. Cela l'aide à réguler sa température corporelle, sa fréquence cardiaque, ses hormones de stress et stimule la production d'ocytocine - l'hormone de l'amour et de l'attachement - chez vous deux. Les câlins contre votre poitrine nue, les bains partagés, les massages du bébé, et le co-dodo sont toutes de très bonnes façons de pratiquer le contact en peau-à-peau pour votre bébé et pour vous.



Le sommeil partagé ou "Co-dodo"

 

Partager un lit avec votre bébé est un moyen merveilleux de profiter de plus de sommeil pour tout le monde. Les bébés sont généralement beaucoup plus calmes et dorment mieux s'ils dorment dans votre lit, et cependant c'est un sujet complètement tabou... Alors que 60% des parents partagent leur lit avec leur bébé à un moment ou à un autre, c'est un sujet qui met la société très mal à l'aise, mais... C'est un moyen merveilleux de calmer bébé!
Il est important de réfléchir à comment organiser le co-dodo, et de suivre quelques règles de sécurité. Guide UNICEF "Partager un lit avec votre bébé"



L'emmaillotage


Imaginez comme votre bébé était blotti à l'intérieur de vous à la toute fin de la grossesse... Maintenant imaginez comme cela doit lui paraître étrange, maintenant qu'il est né, d'avoir autant d'espace autour de lui!
La meilleure chose que vous puissiez faire est de l'envelopper dans vos bras, mais pour les moments ou vous ne voulez pas, ou ne pouvez pas, alors l'emmaillotage est une solution. L'emmaillotage devient de plus en plus populaire, cependant il y a quelques consignes de sécurité à suivre si vous souhaitez l'emmailloter. Si vous allaitez, attendez que l'allaitement soit établi pour emmailloter, et prenez garde à ne pas manquer les signes de faim du bébé si vous allaitez à la demande. 
 
-N'emmaillotez pas par dessus la tête du bébé ou près de son visage.
-N'emmaillotez pas votre bébé s'il est malade ou a de la fièvre
-Assurez-vous que le bébé n'a pas trop chaud, et n'emmaillotez qu'avec un tissu léger et respirant.
-N'emmaillotez plus votre bébé une fois qu'il sait se retourner (L'académie Américaine de Pédiatrie recommande l'emmaillotage jusqu'à 14 semaines de vie.)
-Faites toujours dormir votre bébé sur le dos.
-N'emmaillotez pas trop serré sur la poitrine du bébé.
-N'emmaillotez pas trop serré sur les hanches et les jambes du bébé, ses jambes doivent pouvoir remonter en "position grenouille" qui est la position spontanée du nouveau-né.
-Commencez à emmailloter le plus tôt possible, n'emmaillotez pas un bébé de 3 mois s'il n'a jamais été emmailloté avant.


Le portage

Porter votre bébé en écharpe (ou sling, ou autre porte-bébé physiologique), est un des meilleurs moyens de le garder calme et heureux. Cela augmente le temps que le bébé passe en "éveil calme"- un état de contentement pendant lequel ils apprennent le plus.
Quand le bébé est in utero il passe 100% de son temps en contact physique avec la maman- et pourtant dès la naissance on estime que ce temps diminue à 40%! Le portage du bébé signifie aussi pouvoir garder ses 2 mains libres!

Choisissez votre moyen de portage avec attention. Une bon porte-bébé sera facile à utiliser et soutiendra à la fois votre colonne vertébrale et celle du bébé, tout en ne mettant pas de pression sur les hanches du bébé en cours de croissance. Les nouveaux-nés devraient toujours être portés face à soi avec une position "grenouille", et non appuyés sur l'entrejambe comme c'est souvent le cas avec certains porte-bébés du commerce. Il doit être porté dans la même position que celle qu'il aurait dans vos bras.

Le portage est un très bon moyen pour les papas de créer des liens avec les bébés!

Il est assez fréquent que le bébé pleure quand on l'installe dans l'écharpe, cela ne signifie pas qu'il n'aime pas cela – cela signifie juste que vous devez bouger, alors allez-y, dansez!
Tout comme l'emmaillotage, le portage devient de plus en plus populaire, cependant il y a aussi quelques règles de sécurité à respecter:

Image


-serré
-toujours à votre vue
-à portée de bisous
-éloigner le menton du torse du bébé
-soutenir le dos

Les positions:


La position du "tigre dans l'arbre", issue du yoga pour bébé, est souvent magique, en arrêtant les pleurs du bébé en un instant!

Les bruits:

Les bébés aiment le bruit, mais pour la plupart, pas les bruits que vous pourriez imaginer. Pour de nombreux bébés, le bruits d'un aspirateur est beaucoup plus apaisant qu'une berceuse. Un CD de bruits d'ambiance peut aider votre bébé à dormir calmement.

La nourriture: 

Si votre bébé a faim, rien ne le calmera, alors prêtez attention à ses signaux de faim. L'allaitement est meilleur s'il est dirigé par le bébé, pas par une routine - que l'allaitement soit maternel ou au biberon. Souvenez-vous également, que votre bébé n'a pas forcément toujours une grosse faim pour un repas complet, il peut avoir envie simplement d'une petite collation, d'un peu de boisson, ou juste de tétée "de confort". La succion est l'ultime moyen du bébé pour se relaxer et se réconforter. La succion aide les os du crâne du bébé à retrouver leur position normale après la naissance, et leur apporte réconfort et sécurité. Si vous n'allaitez pas, vous pouvez aider votre bébé à se relaxer avec une tétine.

Le bain:

L'utérus est un endroit chaud et humide. Le monde extérieur est froid et sec! Parfois un simple bain chaud peut arrêter les pleurs d'un bébé en quelques secondes – encore mieux si maman ou papa viennent dans le bain avec bébé, pour une séance de contact peau-à-peau qui calme merveilleusement les bébés.

Les sorties:

Si le reste échoue, de nombreux bébés arrêtent de crier quand ils trouvent l'air du dehors -est-ce parce qu'habituellement il y a du mouvement (que ce soit dans la poussette, dans l'écharpe ou dans la voiture...), ou simplement le changement d'air – mais ça marche!



Et vous, quelles stratégies avez-vous adoptées pour calmer votre bébé?



mercredi 11 février 2015

Lettre à ma grand-mère

Ma chère Mamie,

Voilà, tu n'es plus là. Ou en fait si, tu es encore là, mais plus vraiment. Tu es là sans être là. Ton corps est encore là mais ton esprit s'est fait la malle. Depuis cette foutue chute, il y a un peu plus d'un mois.
J'aurais voulu que ça se termine autrement. J'ai suffisamment fréquenté les hôpitaux, les centres de SSR et les EHPAD pour bien trop connaître ce que te réserve l'avenir, et je sais que tu aurais cent fois, mille fois préféré mourir proprement. Vite. (Bien sûr, qui rêve de finir en état végétatif plus ou moins profond...)

Je savais, je redoutais que cela se termine ainsi. Cette maladie qui depuis maintenant presque quinze ans te rends de moins en moins mobile. Puis, depuis un an, un an et demi, c'est la tête qui commence à ne plus aller. La mémoire, les visages qui s'enfuient, les hallucinations, les actes de la vie quotidienne qu'on ne sait plus faire. Le corps qui maigrit et se recroqueville de plus en plus. J'en ai si souvent été témoin chez des patients. Observer ça chez sa grand-mère, pas si vieille finalement, c'est autre chose. Tu tombais de plus en plus souvent, tu t'étais déjà cassé le poignet. Tu habitais toujours dans cette grande maison à étage, avec ce grand escalier que tu montais toujours plus difficilement.  Ce n'était qu'une question de temps avant que ça arrive. Je m'attendais plutôt à un col du fémur, mais finalement c'est la tête qui a pris.
On a pensé que tu ne survivrais pas à l'accident, et puis finalement si. Mais dans quel état...
Tes enfants se succèdent à ton chevet à l'hôpital, mais ils habitent tous très loin, travaillent, ne peuvent pas se déplacer toutes les semaines ni rester trop longtemps. Pire pour les petits-enfants.
Je n'ai pas pu aller te voir depuis l'accident. 800km, au milieu du boulot et des enfants...
Et puis je ne sais pas si j'ai vraiment envie de te voir comme ça. Je pense beaucoup à toi et à mon grand-père qui se retrouve seul à la maison, après plus de 55 ans de vie commune. Qui est seul mais pas encore veuf. Qui vient te voir tous les jours. On me dit qu'il est bien entouré, qu'il a beaucoup de coups de téléphone, de visites, d'invitations. Tant mieux si ça peut alléger un peu le chagrin et la solitude.

Je connais la grabatisation, la démence, le coma... Je ne veux pas garder de toi cette image. Je veux garder l'image de mon enfance, celle de ma jeune grand-mère, en forme et dynamique. Après tout, tu n'avais que 46 ans à ma naissance, aînée des petits-enfants née de l'aîné des enfants, des parents jeunes. Du coup j'ai quand même bien profité de toi et de mon grand-père.
Je garderais mille souvenirs. Des Noël magiques dans mes yeux d'enfant, avec des sapins géants décorés de boules très vintage années 70, des flambées dans la cheminée, des tablées familiales bruyantes, des montagnes de cadeaux... De longues vacances d'été dans votre grande maison béarnaise où le salon reste toujours frais, à l'époque où votre grand jardin était entouré de champs et pas de lotissements et de l'axe de contournement de l'agglomération. Où je passais de longues après-midis à lire et relire les millions de BD de votre bibliothèque. D'autres vacances d'été dans votre appartement de la côte basque, où nous allons toujours régulièrement, cette plage du Miramar que mes enfants aiment autant que je l'aime depuis bientôt 30 ans. Des parties de "jeu des mouches", de Scrabble, de crapette, de jeu de l'oie ou de petits chevaux. Des tournois de tarot interminables, quand mon grand-père pestait invariablement car il se trompait toujours dans la donne, alors que tu étais toujours d'un calme olympien.
C'est vrai, c'est le trait de caractère que je retiendrai de toi ça: tu étais TOUJOURS d'un calme olympien. Aussi calme et posée que mon grand-père est volcanique. Je n'ai pas le souvenir de t'avoir entendu hausser la voix... Lorsque vraiment tu étais agacée, tu jurais d'un "Boutique"! Ou vraiment si le cas était grave, un "Boutique de Bonsoir"! Ta marque de fabrique.

Ce que je retiendrai aussi, ce sont tes talents de cuisinière. Grâce à mon grand-père qui te fournissait en délicieux légumes de son immense potager ainsi qu'en les meilleurs produits des meilleurs fournisseurs de la région, tu nous concoctais des petits plats à tomber. Les tartes aux pommes, aux prunes, les glaces à la vanille maison, les tôt-faits aux pommes, les clafoutis, la garbure, la daube, les framboises du jardin. Même ta soupe de légumes était délicieuse.
Une semaine de vacances chez vous c'était l'assurance de repartir avec au moins 1 kg de plus, sans parler du coffre rempli de pots de confitures de fruits du jardin et de pots de miel, de salades et de tomates du potager.
Et puis aussi ces rassemblements familiaux que mon grand-père tenait à organiser à chaque anniversaire ou anniversaire de mariage "rond". Il aime beaucoup rassembler, et nourrir tout le monde, trop, tout le temps. 

Je sais que j'ai de la chance d'avoir tant de beaux souvenirs, ce n'est pas donné à tout le monde. C'est cela que je veux garder au fond de moi et non pas cette fin merdique qui traîne depuis des mois, et qui va traîner encore pendant je ne sais combien de temps. Cette impuissance à t'aider et à aider mon grand-père.
Mes enfants ne comprennent pas, ils savent que Grand-mamie est très malade, ils t'envoient des dessins, ils ne savent pas que tu ne les vois pas.
Pour eux les souvenirs seront ceux des maisons de mes parents et de mes beaux-parents. Se souviendront-ils de toi, j'espère, au moins le grand. J'ai quelques souvenirs de mes arrières-grands-parents.
Mais bon, c'est la vie après tout, le temps passe, l'enfance s'en va, les générations passent.

Je sais que c'est normal et qu'on ne garde pas ses grands-parents éternellement. J'ai déjà de la chance de t'avoir eue jusqu'à maintenant. J'aurais aimé que tu partes mieux que ça.

vendredi 12 décembre 2014

Alors, la fille, c'est pour quand?

Anecdote numéro 1:

Un samedi matin, dans un grand magasin de chaussures, je viens avec mes trois garçons pour acheter une ou deux paires de chaussures (original dans un magasin de chaussures...). Après avoir choisi, nous allons en caisse pour payer. La caissière regarde le petit dernier dans la poussette, déduit à ses vêtements que c'est un garçon, puis regarde les deux grands, puis me regarde: "Trois garçons?"
Absorbée par la recherche de mon porte-feuille dans mon sac je lui réponds distraitement "oui".
"Ah ben il faut faire la fille maintenant."
Mais.

Anecdote numéro 2:

"Oui allô bonjour, c'est Dr Remplacé, je sais que vous étiez enceinte, je voulais savoir quand vous repreniez parce que je cherche quelqu'un"
"Euh en fait je viens d'accoucher il y a 2 semaines donc là tout de suite non je ne suis pas disponible..."
"Ah bon tant pis. Ça va, c'est une fille ou un garçon?"
"Un garçon"
"Ah, et vous aviez déjà deux garçons non?"
"Oui en effet."
"Ah bon, ben on choisit pas hein." (ajouter le ton contrit pour faire bon effet).
Mais.

Les gens. Oui, j'ai trois garçons. Et alors, en quoi est-ce que ça vous pose un problème? De quel droit vous permettez-vous ce genre de réflexions/commentaires sur la composition de ma famille?
Pourquoi la seule famille valable aux yeux de la société est celle qui compte une fille et un garçon?
S'il n'y a qu'un enfant (voire même zéro, encore pire!), ce n'est pas assez. S'il n'y a que des filles ou que des garçons, ça ne va pas, il faut essayer de faire l'autre genre (et quoi alors, je fais des enfant jusqu'à ce que ce soit une fille? Je continue jusqu'à combien comme ça?). S'il y en a trois ou plus, c'est beaucoup trop, c'est de l'inconscience...
Les gens, pouvez-vous garder vos commentaires pour vous et vous les carrer là où je pense? Une bonne fois pour toutes? Sérieusement, ne réalisez-vous pas à quel point ces remarques sont déplacées, intrusives, et peuvent faire mal au parent qui les reçoit?

Oui, j'avoue, j'ai toujours rêvé d'avoir une petite fille. Encore aujourd'hui, penser que je n'aurais jamais une petite fille me fait mal.
Quand j'ai été enceinte de ce troisième enfant, je me suis construit cette petite fille imaginaire (même si ma raison me disait de ne pas m'emballer...). J'ai vécu avec elle pendant 5 mois, jusqu'à la deuxième échographie. Ce jour-là quand j'ai su que j'attendais un troisième garçon, j'ai pleuré pendant 2 heures. Et pendant plusieurs semaines il n'a pas fallu grand-chose pour que les larmes me reviennent en pensant à cette petite fille qui finalement n'existerait jamais.
J'ai eu honte de ça, parce que quand même, ce petit garçon que j'attendais, il n'avait rien demandé, ce n'était pas sa faute s'il n'était pas une fille, et puis il était parfait, en bonne santé et tout bien comme il fallait. De quoi je me plaindrais, à côté des gens qui ont des enfants malades ou qui n'arrivent pas à en avoir...

Et puis au fil des dernières semaines et mois de grossesse cette petite fille s'est doucement effacée, mon fils est né (je vous l'ai déjà raconté en détail...), il est magnifique et en pleine forme, et je l'aime aussi fort que ses deux grands frères.
Mais il reste néanmoins que selon toute vraisemblance je n'aurai jamais de fille.

Alors merci les gens de me le rappeler à chacun de vos commentaires sur mes trois garçons. Et encore, ça pourrait être pire. Imaginez que j'aie perdu une petite fille, rendez-vous compte, les gens, de l'effet que pourraient me faire vos remarques.
Vous ne connaissez pas l'histoire et le vécu des personnes à qui vous faites ce genre de réflexions, alors par pitié, les gens, fermez vos gueules.

Ne dites rien. Ou si vous voulez vraiment faire de la petite conversation, dites quelque chose de positif. Débrouillez-vous, ce n'est pas compliqué.
"Ils sont beaux ces trois garçons." "Vous ne devez pas vous ennuyer à la maison."
Ça marche pour toutes les configurations familiales.

Merci pour moi et pour tous les parents qui en ont assez de devoir justifier pourquoi leur famille est telle qu'elle est et pas autrement.

Ce billet d'humeur m'a été inspiré, en plus des deux anecdotes ci-dessus, par cet article dans lequel je me retrouve complètement (les problèmes de santé en moins).


lundi 8 septembre 2014

Mesdames, vous avez le choix!

Vous qui me lisez (vous êtes si nombreux/ses...) vous savez que la liberté de choix des femmes pour leur contraception/suivi gynéco/grossesse/accouchement fait partie de mes sujets de prédilection.
Je veux donc aujourd'hui relayer l'initiative géniale de quatre copines blogueuses:

VOUS AVEZ LE CHOIX

Parce que (beaucoup) trop de femmes de tous âges ne sont pas bien informées, pensent encore que la visite annuelle (voire plus) chez le gynécologue est obligatoire.
Parce que plusieurs fois par semaine j'entends "ah bon, vous pouvez me prescrire ma pilule/me poser/retirer mon implant/mon DIU/me faire mon frottis? Ah bon, le frottis c'est seulement tous les 3 ans? Ah bon, les mammos on est pas obligée de commencer à 40 ans?" Etc etc... 

Alors voilà, que les choses soient claires une bonne fois pour toutes: pour le suivi gynéco, la prescription de contraception, le suivi de grossesse des femmes en bonne santé, les médecins généralistes, les sage-femmes et les gynécologues ont les mêmes compétences. 
Alors oui, en effet, toutes les sage-femmes et tous les médecins généralistes ne le font pas, mais peut-être que plus vous les patientes leur réclamerez, plus ils se formeront pour le faire. 
Et peut-être que ça dégagera du temps aux gynécologues pour s'occuper de celles qui ont vraiment besoin d'eux, à savoir les femmes qui ont des pathologies gynécologiques. Sans attendre 6 mois.

Allez donc lire les billets des copines: 
chez 10 lunes
chez Farfadoc
chez Gélule

J'en profite pour vous remettre cet ancien billet qui traitait du même sujet:

Et voilà la superbe affiche que vous pouvez mettre dans votre cabinet si vous êtes médecin généraliste, sage-femme ou gynécologue:



Voilà! Qu'on se le dise! Faites passer l'info.



samedi 6 septembre 2014

Bref, j'ai accouché en plateau technique.

Voilà deux semaines maintenant que le MiniMarmot a pointé son nez. Plusieurs personnes m'ont demandé de raconter l'expérience de cette naissance et de cet accompagnement un peu "atypique" que nous avions choisi avec mon mari.
Après avoir un peu atterri mais avant d'oublier les petits détails, je vais essayer de me lancer.

Pour ceux qui n'ont pas suivi, ma grossesse a donc été suivie par une sage-femme libérale qui pratique les accouchements sur le site de l'hôpital d'Annecy. Elle a donc tout assuré de A à Z, du retrait du DIU au suivi post-natal (sauf les échos). Et bien assuré.

Un suivi sur mesure, juste comme nous le souhaitions. Pas de tests inutiles, pas d'examens invasifs (premier TV à 8 mois...). Et pourtant au moins 45min à chaque rendez-vous de suivi.

Au fil des mois une relation de confiance s'est instaurée, une proximité que je n'ai jamais avant expérimenté ni en tant que patiente, ni en tant que professionnelle de santé. Le tutoiement qui vient naturellement, la bise en arrivant en consult (chose que jamais au grand jamais je n'envisagerais avec mes patients, sauf pour quelqu'un que je connaîtrais par ailleurs). Mais là, ça semble naturel.

Arrivés à 8 mois 1/2, un bébé qui s'annonce plutôt grassouillet, on se dit que ça serait bien qu'il arrive un peu en avance, comme ses frères. MagicSF s'inquiète un peu, se demande si ça va bien passer. Elle aimerait avoir l'avis d'un obstétricien sur la faisabilité de l'accouchement en plateau technique.
Hum. S'ensuit l'épisode déplorable du rendez-vous fantôme à l'hôpital (pour ceux qui me suivent sur Twitter vous avez eu les détails en live... Pour les autres disons que mon mari et moi avons passé 3h à hanter les couloirs de l'hôpital pour au final ne voir personne.) Bref. Passons. Sur exposé de mon dossier le lendemain les pontes de l'obstétrique ont dit que oui on pouvait essayer l'accouchement physio et qu'on verrait bien sur place si ça bloquait. Ouf.

Nous décidons donc avec MagicSF de donner un petit coup de pouce à la nature, en faisant un décollement des membranes (j'étais à 39SA passées), histoire d'accélérer un peu les choses. Pour mes 2 premiers on m'en avait aussi fait un, mais sans m'en avertir... Cette fois c'est moi qui l'ai demandé.

Le soir de ce rendez-vous, joueurs que nous sommes, M.Kalee et moi décidons de sortir au restaurant (bien nous en a pris car ce sera probablement le dernier avant un petit moment...)
A 1h du matin la nuit suivante, rupture de la poche des eaux  (nous avons raté un repas gratos au resto à 2h près...).
En à peine 15-20 min les contractions démarrent, d'emblée assez fortes et rapprochées. M.Kalee appelle donc MagicSF qui arrive à la maison à 2h. Le lit est inondé... Après m'avoir examinée, elle déclare "allez hop on lève le camp tu es à 7cm..." Wokay. Je sens que ça va pas traîner cette affaire.
Hop direction la voiture, la maternité. Je salue là la prévoyance de M.Kalee qui avait tout bien préparé les affaires alors que je me disais qu'on aurait bien le temps de fignoler pendant le début du travail (ah ben oui mais non en fait.)
Arrivés à la mater, j'ai fait mon marathon à moi, à savoir marcher depuis le parking jusqu'à la salle de travail qui nous était destinée (la dernière tout au fond du couloir bien sûr), avec des contractions qui s'enchaînaient quasi bout à bout. J'ai cru jamais arriver au bout.

Installation en salle, je me juche sur la table d'accouchement, mais à quatre pattes. (So sexy...)
J'ai chaud, mais tellement trop chaud... Je suis en sueur. M. Kalee tente de me masser le dos mais l'huile de massage chauffe encore plus. Fail... Du coup il me mouille avec un gant, mais comme le robinet de la salle ne donne que de l'eau chaude (narmol!!), il souffle sur moi pour faire du frais...
Pendant ce temps-là j'encaisse les contractions quasi ininterrompues, à ce stade j'arrive encore à vocaliser comme on a appris en prépa. Mais la position me fatigue, je commence à avoir les jambes qui tremblent, il va falloir trouver une autre solution car je ne tiendrai pas comme ça jusqu'au bout.

Du coup on se reconvertit, je passe en position "à l'anglaise", c'est-à-dire couchée sur le côté. C'est plus confortable, sauf pour M.Kalee qui du coup est assigné à la tâche de me tenir la jambe supérieure... Pauvre de lui.
Pas de perf, pas de monito qui me serre le bide en permanence. MagicSF est là pour écouter le coeur foetal de temps en temps. Et pour m'encourager. Elle reste avec nous, en permanence.

J'ai la bouche sèche, M.Kalee m'apporte un verre d'eau, mais je n'aurais jamais le temps d'y goûter, car c'est à ce moment-là que commence la phase d'expulsion. Là j'abandonne les vocalises et ce qui me reste de self-control pour me mettre à hurler à pleins poumons. Tu ne sais pas combien de décibels tu es capable de produire jusqu'au jour où tu accouches sans péri. Festival de sensations si intenses qu'on s'y perd. Heureusement que ça n'a pas duré trop longtemps...
Bref, après quelques dizaines de minutes de cris de putois, MiniMarmot est sorti (sans problème donc nonobstant son poids respectable de 4,100kg...).
Aucun objet contondant ne s'est approché de mon périnée, enfin, avant l'expulsion car malheureusement grâce à mes 2 cicatrices d'épisio antérieures ça s'est quand même déchiré donc j'ai malgré tout eu droit à la joie de la suture...
Finalement je crois que c'est cette douleur-là, celle du périnée, plus que celle des contractions qui me restera en mémoire.

Une fois le marmot enfin sur mon ventre, je ressens le contrecoup de ces 2h30 de travail intense, je tremble comme une feuille pendant une bonne heure, et j'ai toujours aussi chaud. Il faudra un bon bout de temps avant que mon organisme ne se calme.

Après avoir bien câliné le marmot, je reprends quelques forces avec des fruits secs et du thé au citron (la meilleure boisson fraîche de toute ma vie je crois.)

Trois heures plus tard, après délivrance, suture, examen du marmot et beaucoup de paperasse, à 6h30 du matin, nous rentrons chez nous. Rentrer chez soi tranquille à l'aube avec un marmot tout neuf de 3h, c'est priceless.

La suite a été un peu moins fun, avec un démarrage d'allaitement très très compliqué, malgré toutes les connaissances que je pense avoir à ce sujet. Heureusement qu'il y avait la visite quotidienne de MagicSF, bientôt relayée au pied levé par son associée pour cause d'arrêt maladie.
J'ai été sur le point de tout abandonner, et franchement sans leur soutien je pense que ça aurait été le cas.
Aujourd'hui on a fait le plus dur, et même si MiniMarmot n'a pas encore récupéré son poids de naissance, les choses sont bien en route et il n'y a plus de raison que ça ne marche pas.

Bref, j'ai pu vivre ma grossesse et mon accouchement comme je le souhaitais, accompagnée par une sage-femme que je connaissais, qui me connaissait, en qui j'avais confiance. Je n'ai pas retrouvé le sentiment de solitude extrême que j'avais pu ressentir lors de mes 2 premiers accouchements.
J'ai pu bénéficier d'un soutien rapproché pour mener à bien mon allaitement comme je le souhaitais malgré les difficultés.
Je n'envisage pas à ce jour d'avoir d'autre enfant, mais si c'était à refaire je referais les mêmes choix sans hésiter.
Je pense que ce type de prise en charge ne convient pas forcément à tout le monde, mais pour moi c'était l'idéal.


Je dédie ce billet à Céline et Marion grâce à qui ce projet a pu être mené à bien, avec des milliers de merci.


Edit du 12/09/2014:

Il semblerait que cet article a pris une vie autonome et voyagé sur FaceBook (que je ne fréquente pas, donc je n'ai eu que des éléments rapportés). D'aucunes se seraient insurgées du fait qu'on m'ait fait subir une suture du périnée à vif... Cela est totalement faux, je n'ai jamais écrit ça. Lorsque je parle de la douleur du périnée qui m'a plus marquée que celle des contractions, je parle de la douleur ressentie lors de l'expulsion causée par l'extension des tissus, sur ma cicatrice d'épisio. ÉVIDEMMENT que Céline m'a fait une anesthésie locale avant de recoudre, on est pas des sauvages!

Quant à celles qui râlent que le décollement des membranes, CAY PAS PHYSIO, je les emmerde courtoisement. C'est moi qui l'ai demandé, et je préfère avoir pu accoucher physiologiquement à 39SA après décollement, de mon fils de 4.1kg, que d'avoir attendu 15j de plus et que ça se soit terminé en déclenchement voire en césarienne pour cause de bébé trop gros (je signale juste que je mesure 1m55 donc bon, faut pas non plus tenter le diable...).
Bref, personnellement je me fous royalement de l'avis des ayatollah de la "Naissance respectée", mais certains commentaires ont touché personnellement ma sage-femme et ça me met en colère car ce texte avait pour but de la remercier et non de l'exposer à la critique gratuite.
Voilà qui est dit.

vendredi 4 juillet 2014

Des nouvelles de la MSP

Ça fait longtemps qu'on a pas causé du projet de MSP (projet qui pourtant était la caution de départ de ce blog...). Le projet est pourtant toujours bien en cours, même si le travail s'annonce long et compliqué!

L'équipe médicale et paramédicale s'étoffe doucement, nous avons recruté un 3e généraliste pour s'associer avec nous \0/! Un homme en plus, c'est chouette parce que pour le moment l'équipe est à plus de 80% féminine... On avait juste UN podologue et UN kiné... Tout le reste, que des meufs! Et tout le monde sait que les équipes de meufs ça finit toujours par se crêper le chignon! Non je blague... En tout cas je suis vraiment ravie de la diversité de professionnels que nous avons pu réunir, avec notamment des professions relativement rares type orthoptiste ou ergothérapeuthe.

Le projet était resté quelque temps en stand-by le temps des élections municipales car bien sûr on ne savait pas trop sur qui on allait tomber vu que le maire actuel avait peu de chance de repasser. Au final la nouvelle équipe semble plus motivée que l'ancienne, et nous avons découvert en fréquentant quelque peu les réunions électorales que l'ancien maire nous avait un peu mené en bateau, et surtout avait travaillé tout seul dans son coin sans trop tenir au courant son conseil municipal...
Bref, nous sommes maintenant prêt(e)s à repartir sur de bonnes bases, nous avons fait un peu plus de communication pour nous faire connaître.

Actuellement nous commençons à travailler sur l'écriture du projet de soin que nous devrons présenter à l'ARS dans quelques mois.
Ivre, je me suis porté volontaire pour rédiger le "diagnostic de territoire", c'est à dire récolter auprès de chaque professionnel des données sur l'offre actuelle existante dans son domaine sur le secteur, et les besoins réels ou projetés dans le futur, et comment nous comptons y répondre (enfin au moins en partie...). En gros expliquer à l'ARS pourquoi y a trop besoin de nous par ici et que ça serait une super bonne idée de nous filer des pépètes!
La prochaine réunion pour laquelle je dois rendre le rapport est début septembre (sachant que je suis à terme le 5 septembre...), j'espère donc que mes chers collègues n'oublieront pas de me faire parvenir leur données assez rapidement pour que je puisse y travailler fin juillet début août, parce que je pense que pendant le travail et une fois le nouveau-né pendu au sein je serai beaucoup moins motivée!

On travaille aussi parallèlement sur le projet immobilier, avec encore changement de terrain probable (l'histoire sans fin...). Et qui l'eut cru, c'est assez compliqué de satisfaire les critères de tout le monde sans que ça soit trop cher... Et en plus de régler le problème du parking, parce que non on n'a pas envie tous les 15 de tourner 10min tous les matins pour trouver une place de parking dans GrosBourg... 

Sinon, du côté des médecins, nous prévoyons de nous installer avant, mes 2 comparses à la Toussaint, moi début 2015 à la fin de mon congé mat. Tout le monde (ie les infirmières, le labo, la pharmacie) nous répètent à qui mieux mieux que vivement qu'on arrive parce que ça manque de médecin ++++, au point qu'ils en arrivent tous à me faire un peu peur... Combien de temps avant que nous soyons nous aussi débordés?
Enfin, avant d'en arriver là il faudra d'abord qu'on trouve un local pour s'installer, ce qui n'est pas une mince affaire à GrosBourg où la pression foncière est énorme... On a visité UN local pour l'instant, ancien commerce pour lequel il aurait fallu réaménager tout l'intérieur, pour un investissement démesuré par rapport au temps qu'on pense y rester (environ 3 ans)... Donc, pas jouable. Et pour l'instant, ben, rien d'autre en vue... Je sens que ça va se finir dans un Algeco... En plus on a pas de bol la mairie vient tout juste de trouver et rénover un local pour la sage-femme et l'orthoptiste, du coup ya plus rien pour nous...
J'espère que ça va se débloquer.

Bref bref, je sais que ce soir tout le monde est occupé à autre chose qu'à lire des blogs, mais tant pis, voilà les dernières nouvelles de la future MSP.
Bisous.

jeudi 1 mai 2014

Bouffée de schizophrénie parentale

Voilà, les marmots sont partis pour une semaine de vacances chez leurs grands-parents. Depuis quelques jours j'attendais cet instant avec impatience, fatiguée par l'agitation permanente et les concerts de hurlements.

Ça y est, je suis seule (en attendant le retour de M. Kalee), la maison est vide, calme et silencieuse. Je suis soulagée. Oui, mais j'ai le blues. Je ne sais pas quoi faire de mes dix doigts. A quoi est-ce que j'occupais mes journées, avant? Avant qu'ils ne viennent prendre toute la place...
Je me suis couchée pour faire une sieste, je n'ai pas réussi à m'endormir avant d'avoir reçu le SMS de Belle-maman pour me dire qu'ils étaient bien arrivés.

Ils ont été épuisants ces derniers temps... Ils ne tiennent jamais en place. Ça court, ça tombe, ça crie, ça pleure, ça se chamaille, ça glousse, et puis ça hurle encore un peu.
Samedi dernier, j'ai pété un plomb, alors qu'ils se disputaient pour la énième fois pour la même pièce de puzzle. J'ai hurlé mon énervement comme je crois n'avoir jamais hurlé. J'ai eu vraiment, très très envie de les frapper. A la place j'ai balancé le puzzle par terre, et j'ai renversé une chaise. Je sais parfaitement que c'est ridicule, et que c'était une réaction totalement inadaptée. Je me suis laissée déborder par mes émotions, rien que d'y repenser mes larmes coulent. J'ai été cette mère que je déteste être. Parce que je sais que ce n'est pas celle dont ils ont besoin. Que ce genre de réaction fait du mal à tout le monde. A eux parce qu'ils ont eu peur, et qu'ils avaient besoin d'être contenus, à moi parce que je m'en veux terriblement après, et même pendant.

Pris chacun séparément ils sont mignons, gentils, calmes. Mais dès qu'ils sont ensemble c'est le tsunami, l'agitation permanente, qu'elle soit positive ou négative. Pour moi qui suis une personnalité calme et posée, j'avoue, c'est très dur à gérer.

Et bientôt ils seront trois. On m'a dit plusieurs fois "ça va peut-être se calmer avec l'arrivée du troisième"... Hum, j'en doute plus que fortement, je crains même plutôt l'inverse.
Pour me convaincre que ça irait, je m'étais construit un petit film selon lequel le troisième serait une fille, douce et tranquille, pas bruyante, la même enfant que j'étais moi-même aux dires de mes parents, qui n'ajouterait donc pas sa part à la folie ambiante.
Donc lorsque j'ai appris il y a 2 jours que non, ça serait encore un garçon, j'avoue, ça a été dur. Déjà à long terme parce que je ne prévois pas d'avoir d'autre enfant après, ce qui veut dire renoncer à jamais être maman d'une petite fille, chose qui me tenait à coeur. Et puis à court terme parce qu'il va falloir arriver à gérer trois fous du roi sans devenir complètement marteau...
Je sais que ces projections sont un peu stupides, parce que je sais très bien que fille ne veut pas forcément dire enfant calme et facile, j'en ai des exemples quotidiens autour de moi. Les filles hurlent et pleurnichent aussi bien que les garçons. Et tous les garçons ne sont pas des tornades comme ces deux-là, je ne peux pas savoir quel sera le caractère de celui-ci. Peut-être sera-t-il calme et facile... On peut toujours espérer.

Oui j'ai un peu peur des mois et années à venir... Quand PetitMarmot est venu s'incruster dans notre lit ce matin à 6h40 après s'être endormi à 23h passées, je me suis imaginé la même scène après une nuit de tétées et de berçage d'un nouveau-né. Le manque de sommeil me nuit très rapidement, c'est une de mes plus grandes craintes.
Quand les deux galopent dans la baraque en hurlant je me demande comment diable un nourrisson arrivera à faire la sieste dans ce brouhaha. On m'a dit que ça n'était pas un problème, je l'espère de tout coeur...
Quand je m'imagine les week-ends d'absence de M.Kalee et que je me vois en train de gérer les trois seule, j'ai peur. C'est déjà dur avec deux...

Allez soyons fous, imaginons qu'on va y arriver, que ça ne sera pas si terrible que ça. Après tout, on les a voulu ces marmots, on les aime, si fort, et ils nous aiment.
Oui ils nous feront tourner en bourrique, oui on sera fatigué, oui il y aura des crises. On essaiera de faire de notre mieux pour qu'il y en ait le moins possible (vite, ressortons les bouquins de Filliozat).
On ne retiendra que les bons moments, les éclats de rire, les bouquets de fleurs coupées trop court, les câlins, les "Maman t'es belle".
Ce matin, alors que je venais de le gronder, PetitMarmot est allé chercher son frère pour lui demander un câlin de réconfort. Ça m'a scotchée. Je me suis dit, quand même, malgré toutes les disputes, ils ont quelque chose entre eux, qui n'appartient qu'à eux. J'espère qu'ils auront la même complicité avec le petit troisième. Même si ça doit augmenter le niveau sonore d'un cran supplémentaire.

On continuera à attendre avec impatience les périodes de vacances chez les grands-parents, et à être tout désemparé quand ils ne sont pas là. Ils nous manqueront au bout de 3 heures, alors qu'on a eu envie de les perdre dans la forêt 3 heures avant.
On les aimera de tout notre coeur, tout en ayant envie régulièrement de les enfermer au fond de la cave.

La parentalité, cet état si proche de la schizophrénie...