vendredi 2 octobre 2015

Ma semaine en médecine générale

Je suis installée depuis presque 9 mois.

Lundi. Ce jour-là je ne travaillais que le matin. J'ai vu 8 patients.

J'ai fait une visite d'aptitude au sport.
J'ai retiré un implant contraceptif, et j'ai écouté la patiente me raconter les mauvais souvenirs de son dernier accouchement, et les séquelles physiques qui lui en restent. Nous avons aussi discuté parentalité positive, elle est en train de lire un livre que je lui ai prêté à ce sujet.
J'ai "soigné" deux virus dont un chez un jeune asthmatique.
J'ai renouvelé sa pilule à une jeune fille et l'ai informée au passage que le frottis qu'on lui avait fait l'an dernier n'était pas nécessaire.
J'ai fait une visite de suivi d'un bébé de 4 mois : sommeil, développement psycho-moteur, examen clinique, poids, taille, PC, vaccins, petites questions de parents. Explication sur le début de la diversification.
J'ai séché (discrètement) devant un sportif qui a mal aux poignets quand il fait des pompes...
J'ai écouté une jeune femme me raconter sa rupture conjugale toute récente et la souffrance qui va avec. 

Puis je suis rentrée, j'ai déjeuné, j'ai ramené mes enfants à l'école, j'ai fait un peu de sport, je suis allée récupérer mes enfants à l'école, j'ai oublié la poussette du petit dernier à l'aire de jeu (oui on peut être médecin généraliste et blonde du cerveau).
Mon mari était de garde, j'ai donc géré seule devoirs, dîner, coucher des 3 enfants.
Après les avoir couché, j'ai refait le tour des articles sortis sur le dépistage mammographique depuis l'an dernier et les ai rassemblés pour mettre à jour mon billet sur Octobre Rose.

Mardi. Journée complète. J'ai vu 25 patients.

J'ai débuté la journée avec une patiente qui présentait un syndrome douloureux abdominal s'aggravant depuis 1 semaine, passée aux urgences la veille, sans diagnostic posé, et j'ai passé 20 min au téléphone avec tous les hôpitaux et cliniques de la région pour lui trouver un rendez-vous de scanner rapide. J'ai trouvé pour le lendemain. Ça m'a mis en retard pour toute la suite de la matinée.
J'ai enchaîné avec un patient qui a "pété les plombs" suite à un reproche injustifié au travail dans un contexte déjà très difficile. Consultation à thème dépressif, en anglais s'il vous plaît. Encore plus en retard...
J'ai vu 2 zonas.
J'ai détecté 2 probables scolioses lors de visites d'aptitude au travail ou au sport.
J'ai examiné et pesé 2 nourrissons de 4 et 7 mois avec une gastro-entérite aiguë, briefé les parents sur la réhydratation, la nécessité de contrôler le poids régulièrement tant que les symptômes durent.
J'ai pas soigné 3 virus, dont un petit qui avait déjà été hospitalisé 2 fois d'urgence pour des laryngites graves, et dont la maman flippait donc un peu que ça recommence, à juste titre. J'ai aussi pas soigné un 4e virus qui se présentait sous la forme d'une belle éruption cutanée qui ne ressemblait à rien de connu (de moi en tout cas).
J'ai soigné une sinusite.
J'ai trouvé une angine à un petit bonhomme de 2 ans 1/2, qui a passé la consult entière accroché au sein de sa mère, mais s'est laissé examiner et prélever la gorge comme un chef. Son papa m'a demandé si je pouvais renouveler son traitement anti-dépresseur. On a discuté sevrage et conclu que ce n'était pas le bon moment pour essayer (sevrage de l'anti-dépresseur hein, pas du sein).
J'ai vu une femme enceinte de 8 mois qui avait mal au dos. On a parlé du suivi du bébé juste après la naissance. Je lui ai donné les coordonnées de notre collègue sage-femme de la commune.
Deux jeunes patients avec des kystes sacro-coccygiens, l'un déjà opéré, dont je devais surveiller la cicatrisation, l'autre qui va devoir se faire opérer.
Un collégien qui a des céphalées de tension car ne supporte pas le bruit au collège... J'ai proposé des boules Quies, ça l'a fait rire...
Un deuxième patient dépressif, amené par son épouse qui est une de mes connaissances. Pas évident de se positionner...
Une personne âgée traitée pour HTA et diabète. Le diabète allait bien, la TA un peu moins. Mais comme elle a très mal à l'épaule depuis une chute, on a essayé de s'occuper de l'épaule, afin que le soulagement de la douleur permette peut-être de faire baisser la tension.
J'ai mis à jour les vaccins de 2 jeunes parents, et j'en ai profité pour peser le bébé de 15 jours que j'avais déjà vu la semaine dernière avec une prise de poids moyenne. On a discuté sur les biberons, les coliques, faut-il changer de lait ou pas...
Je me suis encore sentie nulle devant un sportif qui avait mal au genou. (Je hais les genoux ça devrait être interdit!)

Pendant la pause déjeuner j'ai fait ma comptabilité, suis allée déposer à la banque les chèques de la semaine dernière, j'ai discuté avec mon associé de la marche du cabinet, de la démographie médicale problématique du canton, et que nous allions pouvoir envisager de prendre un collaborateur dès que la MSP serait enfin sortie de terre. Nous avons aussi discuté de quelques patients complexes.

Vers 19:30 je suis rentrée chez moi, j'ai dîné avec ma famille. Après avoir couché les enfants je me suis mis un coup de pied au c... pour ressortir à mon cours de zumba, pendant lequel m'est venue l'idée de ce billet.

Mercredi. Journée complète, 24 patients.
J'ai commencé la journée par un changement de DIU, Mirena pour cuivre, car la dame n'a pas supporté le Mirena.
J'ai revu la jeune femme à la rupture conjugale vue 2 jours plus tôt, qui vraiment n'allait pas bien.
J'ai vu un enfant qui s'était peut-être cassé le poignet. Après réalisation d'une radio, il s'était bel et bien cassé le poignet. Je ne sais pas faire les plâtres, j'ai donc conseillé à sa maman de l'emmener aux urgences avec la radio.
J'ai pris entre deux un patient âgé avec une infection urinaire, qui ne pouvait pas revenir l'après-midi car il prenait la route pour rentrer dans sa région (oui je sais je suis trop gentille). 
J'ai enlevé un bouchon de cérumen. (Croyez-le ou non, j'aime bien déboucher les oreilles. J'aime le sentiment du travail accompli devant un beau conduit auditif bien dégagé, et l'air dégoûté des gens qui voient ce qui vient d'en sortir, "ah oui quand même!")
J'ai ausculté un bébé d'un an qui avait une laryngite qui traîne depuis 10 jours. Je me suis demandé si la durée d'évolution pouvait justifier d'un traitement antibiotique. Finalement je n'en ai pas prescrit.
J'ai reçu un enfant de 3 ans 1/2, pour des maux de ventre. J'ai eu un mal fou à l'examiner malgré toute ma diplomatie. Il a hurlé tout du long à en faire trembler les murs... Dur dur quand les petits ont été traumatisés par trop d'examens médicaux plus ou moins brutaux.
J'ai fait la visite du 11e mois de petits jumeaux avec les vaccins. Là encore beaucoup trop de décibels pour mes fragiles oreilles (surtout sur la fin...). Nous avons discuté avec la maman, un bébé chacune sur nos genoux, elle m'a raconté sa reprise du travail (ouf enfin du repos!)
Une autre visite de nourrisson, du 5e mois cette fois-ci, plus cool celle-là. Forcément, à 5 mois il n'y a pas de vaccins.
J'ai vu un petit avec une conjonctivite allergique unilatérale récidivante, un truc bizarre... Pas trop grave heureusement. Nous avons convenu avec la maman que tant que les manifestations n'étaient pas plus gênantes, le mystère resterait entier.
J'ai vacciné 2 grands enfants.
J'ai revu une patiente que je suis depuis quelques mois pour un problème de harcèlement professionnel. Elle a fini par être licenciée, son calvaire est donc bientôt fini. Mais c'est difficile pour elle de rebondir.
Encore une visite de nourrisson, enfin grand nourrisson, 2 ans 1/2, et encore un vaccin.
J'ai fait deux visites d'aptitude au sport pour deux soeurs de 6 et 8 ans, ce qui m'a permis de soulever auprès de leur maman un problème de surpoids manifeste et déjà assez sérieux. Elles vont prendre ensemble rendez-vous avec la diététicienne du village. Je me suis posé la question d'une puberté précoce chez la plus grande. Après vérification rapide des critères, en fait non.
Entre 2 consults j'ai fait une prolongation de dispense de sport pour une lycéenne avec une tendinite.
J'ai revu un des nourrissons avec une gastro vu la veille pour contrôler son poids. Poids stable, ça allait un peu mieux.
J'ai reçu une dame qui souffrait d'une mycose vaginale et d'un capsulite rétractile de l'épaule.
J'ai reçu une jeune femme en début de grossesse, épuisée par des vomissements constants et un travail très physique. Je lui ai fait un arrêt de travail, lui ai donné des conseils d'alimentation (et ma fameuse et incontournable recette de boisson citron-gingembre), et prescrit des anti-nauséeux.
Ah, il y a aussi eu 2 virus et une sinusite.
Et enfin la dernière patiente de la journée, arrivée à 18:58 au lieu de 18:40, à la seconde près où j'allais débrancher l'interphone... Pour un motif de consultation peu précis, j'avoue que j'ai peut-être troussé un peu vite la consultation...
Au cours de la journée j'ai aussi relevé et archivé les résultats d'examens biologiques, ouvert le courriers, scanné et indexé les compte-rendus médicaux.
J'ai répondu au téléphone à une maman qui s'inquiétait de savoir ce qu'elle pouvait faire pour son bébé fébrile.

Je suis rentrée chez moi à 19:45.

Jeudi. Journée complète. 22 patients.
Le planning de la matinée s'est rempli le matin même, ce qui est assez propice aux consultations pour virus: 4 virus, dont un chez une femme enceinte.
Un patient qui a eu des point de suture à la main aux urgences il y a 3 jours, a refusé l'arrêt de travail proposé pour ensuite réaliser qu'en fait il ne pouvait pas conduire, et s'est fait éconduire des urgences lorsqu'il y est retourné pour demander ledit arrêt de travail, et a donc atterri devant moi. Bon ben voilà, je lui ai fait son arrêt de travail.
Une grosse entorse de la cheville. Glace, attelle, repos, et kiné.
J'ai revu un bébé de 23 jours, déjà vu la semaine dernière, avec une prise de poids médiocre, et en plus un petit rhume. Nous avons refait le tour avec la maman sur le déroulement de l'allaitement, et je lui ai prêté mon DAL pour qu'elle essaie de la compléter en LM tiré.
J'ai fini la matinée avec une patiente très handicapée par un dos en très mauvais état et dont l'emploi plutôt physique est peu compatible avec ses lombalgies chroniques... Nous avons discuté retraite anticipée, invalidité, toutes options non financièrement envisageables pour elle... Je n'ai donc pas trouvé de solution plus satisfaisante que de majorer son traitement antalgique et de lui refaire un énième arrêt de travail.

Après la pause repas, et encore un peu de lecture et classement de résultats d'examens, je suis allée à l'EHPAD du coin où je suis allée voir une dame qui avait une douleur cervicale et une mycose buccale. J'ai renouvelé plusieurs ordonnances en retard (des bilans prescrits par téléphone, des bas de contention...)

L'après-midi, encore une visite d'aptitude au sport. Nous avons parlé avec la dame des difficultés de la vie quotidienne avec son enfant atteint d'une maladie rare, et de la prochaine visite au CHU à Paris.
Une jeune femme qui voulait reprendre sa pilule.
Une ado avec des maux de ventre, probablement d'origine virale.
J'ai revu une dame que je suis depuis plusieurs mois pour divers problèmes physiques en cours de bilan, et un problème de mal-être et de conflit professionnel. Elle était encore bien fragile, je lui ai donc prolongé son arrêt de travail de 2 semaines.
J'ai revu un monsieur, un peu rustre, un peu grincheux, mais qui (je crois) m'aime bien en fait, qui vient me voir très souvent pour que je trouve ENFIN pourquoi il a toujours mal au ventre, alors que tous les examens possibles ont déjà été faits et que manifestement il souffre d'une colopathie fonctionnelle. Pas facile de faire accepter que oui il a mal, mais que non il n'y a rien sur les examens.
J'ai compati sincèrement aux malheurs de son épouse qui a eu la malchance de contracter la coqueluche il y a quelques semaines et tousse donc à s'en décrocher les bronches.
J'ai revu ma patiente de mardi avec sa douleur lombo-abdominale, et son scanner, qui ne trouvait rien... Et elle avait toujours mal... Je suis revenue sur mon hypothèse diagnostique initiale plutôt rhumatologique que viscérale, dont je m'étais éloignée après son passage aux urgences où on avait plutôt évoqué un problème urinaire. Je lui ai prescrit d'autres examens et ai essayé d'adapter au mieux son traitement antalgique en attendant d'avoir le fin mot de cette histoire.
J'ai vu une jeune fille avec une "cysphrite" (Cc Jaddo), c'est-à-dire une cystite mais avec de la fièvre, mais pas encore une pyélonéphrite.
Entre deux j'ai pris sans rendez-vous un monsieur asthmatique qui rechutait, à qui il a fallu represcrire de quoi traiter la crise et reprendre son traitement de fond.
J'ai reçu un jeune garçon qui avait "des boutons dans le cou". En fait il s'était arraché la peau à force de se gratter la nuque, et pour cause il avait les cheveux plein de poux... (Aaargggh! Ca y est ça me gratte!)
Puis un jeune homme qui présentait des saignements de nez récidivants depuis plusieurs jours. Je n'ai retrouvé aucun facteur déclenchant, ni HTA ni prise médicamenteuse ni rien. Je lui ai conseillé si cela continuait d'aller voir un ORL, et lui ai donné les conseils d'usage pour arrêter les épistaxis.
J'ai terminé la journée avec deux personnes qui préparaient un voyage en Asie et qui venaient se faire vacciner. "Etonnament" le jeune homme a fait un malaise vagal après les injections... Pendant qu'il se reposait les jambes en l'air j'ai inspecté les carnets de santé du reste de la famille pour mettre tout à jour.
Ensuite j'ai revérifié toute la compta de la semaine.

Je suis rentrée à 19:45, j'ai fait mangé et couché les enfants puis me suis affalée devant la télé...

Vendredi. FREEDOM FREEDOM
Jour de "repos" aka jour de mère au foyer.
Ecole, courses, retour école, aire de jeu, goûter, etc etc, soirée Cobayes devant la télé avec les deux grands.

Samedi matin. 11 patients.
J'ai fait la visite du 9e mois d'un bébé et les visites d'aptitude au sport de ses deux parents.
J'ai vu une personne très anxieuse qui avait mal dans la poitrine. Une probable douleur costale en définitive.
J'ai autorisé un jeune homme à sauter dans le vide (oui ok à faire un baptême de parachute!)
J'ai vu un jeune homme avec un kyste sous-cutané inflammé et douloureux. Lui ai donné les conseils de soins locaux, et les coordonnées d'un chirurgien s'il souhaitait se le faire retirer.
Un virus, une angine, une cystite.
J'ai pris en plus un patient venu sans rendez-vous pour un abcès dentaire.
Puis je suis allée faire une visite en urgence à l'ehpad pour un patient qui respirait mal. Je me suis demandée si son ausculation pourrie était uniquement infectieuse (il avait de la fièvre), ou s'il y avait une part de décompensation cardiaque. Je l'ai mis sous antibio et ai prescrit un bilan pour le lundi.
Je suis rentrée chez moi à 13h.

Au cours de cette semaine j'ai donc vu 90 patients, âgés de 15 jours à 89 ans.
Parmi toutes ces sonsultations: 15 viroses ORL, digestives ou cutanées, 12 problèmes infectieux non viraux (ORL, urinaires...), 2 problèmes liés à la grossesse, 5 motifs gynécologiques ou de contraception, 9 visites d'aptitude au sport, 8 visites de suivi de nourrissons, 4 nourrissons malades, 7 consultations à dominante psychologique, 8 problèmes articulaires (traumatologiques ou rhumatologiques), 10 vaccinations.

J'ai aimé mon travail. Je suis installée depuis 9 mois. Jusqu'ici tout va bien. (Comme disait l'homme qui tombait du 7e étage...)


4 commentaires:

  1. Très intéressant. Je me demande toujours comment se passe une consultation de généraliste. Ca n'a pas grand chose en fait à voir avec une consultation de spécialiste finalement.
    J'ai l'impression de voir plus de patients avec des pathologies graves. Je suis plusieurs patients atteints de cancer, de maladies inflammatoires digestives, et diagnostique entre 1 à 4 cancers digestifs par mois.
    Cela ne veut pas dire que je me sens différente ou supérieure. Au contraire, je pense qu'il est très difficile pour un généraliste, de bien détecter les patients inquiétants ou graves parmi les montagnes de plaintes différentes qu'il voit en consultation.

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    1. Ah ça c'est un des défis de la MG, savoir déceler LE truc grave parmi 15 pas graves. L'appendicite en pleine période de gastro, la méningite qui se cache au milieu des grippes...

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  2. Merci pour cette immersion. C'est fascinant le bilan. Je remarque que les consultations pour des contraceptifs sont nombreuses, tout comme celles des très jeunes enfants. Est-ce spécifique à votre situation ? Où je vis, la moyenne d'âge des patients semble plus élevée !

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    1. En effet étant jeune installée j'ai une patientèle jeune et familiale, je récupère beaucoup de nouveaux installés dans le secteur. Je pense que nous récupèrerons plus de personnes âgées lorsque les anciens médecins du village partiront en retraite.
      Mais ça me convient très bien comme ça, j'adore la gynéco et la pédiatrie.

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