jeudi 11 juin 2015

L'usage abusif des examens médicaux -- Un nouveau facteur de risque médical? (Traduction)

Aujourd'hui je reprends mon activité de traductrice amateure, pour vous proposer une traduction d'un article écrit par le Dr Carlos Martins, du Département de Médecine Générale de l'université de Porto (ville très agréable que je viens d'ailleurs de visiter la semaine dernière. Non ça n'a rien à voir...). Heureusement pour moi il l'a écrit en anglais, parce que mon portugais se résume à "Obrigada" et "Pasteis de Nata" (googlez, vous comprendrez!).
Donc cet article publié sur son blog hébergé par le BMJ (oui il a un peu plus la classe que moi, on fait ce qu'on peut...), m'a semblé très intéressant, et j'ai eu envie de la faire partager à la communauté non anglophone.
Voici le lien vers l'article original: http://blogs.bmj.com/bmj/2015/04/24/carlos-martins-overuse-of-medical-tests-a-new-health-risk-factor/


L'usage abusif des examens médicaux – Un nouveau facteur de risque pour la santé?


Un facteur de risque est, entre autres, un aspect du mode de vie ou du comportement personnel qui, sur la base d'observations épidémiologiques, est connu pour être associé avec des problèmes de santé que l'on considère importants de prévenir. (1)

Un nouveau comportement peut être observé dans la population générale des pays occidentaux : la façon dont les patients utilisent les services médicaux à des fins préventives et la fréquence à laquelle ils passent des examens médicaux et autres dépistages. Les observations montrent une tendance alarmante à l'usage excessif des services de santé préventifs (2, 3). Au Portugal par exemple, une récent étude de population croisée a montré que la majorité des adultes portugais pensent qu'ils devraient faire des analyses de sang et d'urine de routine de façon annuelle.
Une proportion importante de la population pense même que d'autres tests, encore moins recommandés sont nécessaires, tels que radiographie des poumons, échographie mammaire, abdominale ou gynécologique.

Ce type de comportement est en partie justifié par la croyance culturellement enracinée qu'il est nécessaire de faire des "check-up" médicaux réguliers. Réaliser des check-up médicaux réguliers est une pratique qui n'est pas basée sur des preuves, car cela ne réduit pas la mortalité ni la morbidité, ni dans l'ensemble ni spécifiquement pour les maladies cardio-vasculaires ou cancéreuses, alors qu'ils augmentent le nombre de nouveaux diagnostics (4).
Les campagnes de "disease-mongering" [que l'on pourrait imparfaitement traduire par "façonnage de maladies"-NDT], la plus grande variété et disponibilité des tests médicaux, et la notion répandue que plus de médecine est toujours mieux, sont d'autres facteurs qui ont pu contribuer au développement de ce comportement. Cependant, nous devons aussi considérer l'hypothèse que la consultation médicale a évolué d'un modèle paternaliste à ce que nous pourrions appeler un modèle consumériste. C'est le genre de consultation où le patient obtient ce qu'il veut, ce qui est assez différent du modèle idéal de "décision partagée".

Il y a de plus en plus de preuves que ce comportement est associé à des dommages, et on considère ces dommages comme devant être prévenus. Les faux positifs, les incidentalomes, les sur-diagnostics, et la cascade résultante de prises en charges sont autant de dommages qui peuvent altérer significativement la qualité de vie de personnes en bonne santé (5).

C'est pourquoi, par définition, on pourrait considérer que nous sommes face à un nouveau facteur de risque de santé: l'utilisation excessive et inappropriée d'examens médicaux. Bien sûr, il y a une certaine dose d'ironie dans cette constatation, puisque l'attribution excessive de "facteurs de risques" à des personnes en bonne santé a été une des principales causes de la transformation de tant de gens en bonne santé en patients (6). Cependant, il est fort probable que la plupart des gens ne savent pas qu'ils encourent des risques quand ils se soumettent à des examens médicaux. Concernant le domaine pharmaceutique, nous reconnaissons tous que les patients sont conscients des possibilités d'effets indésirables de chaque médicament. Mais, la plupart de nos patients n'ont jamais entendu parler des effets indésirables d'un examen médical. Certains patients ne prennent pas un nouveau médicament sans avoir auparavant lu le Résumé des Caractéristiques du Produit décrit sur la notice contenue dans la boîte. Ne serait-il pas temps d'introduire des régulations aux examens médicaux et de créer un Résumé des Caractéristiques de l'Examen? Cela pourrait être un outil-clé de communication à ce sujet. Un outil correctement structuré devrait employer un langage accessible à tous, mais pas nécessairement aussi dense que le Résumé des Caractéristiques du Produit. Ce document devrait inclure des paragraphes tels que "Indications", "Dommages possibles", "Valeur Prédictive selon la prévalence", "Nombre nécessaire de dépister", et "Nombre nécessaire pour léser". Cette suggestion mériterait d'être expérimentée. Cela aurait-il un impact sur la façon dont les gens en bonne santé considèrent les examens médicaux? C'est une question importante qui nécessite une recherche appropriée.

Néanmoins, si nous voulons prévenir le sur-diagnostic et d'autres dommages potentiels liés à l'usage des examens médicaux excessif et non basé sur les données scientifiques par les gens en bonne santé, nous devrions commencer à imaginer des stratégies de communication pour expliquer à nos populations ce que l'on entend par dommages potentiels, faux positifs, et sur-diagnostic. Ce n'est qu'en comprenant le sens de ces concepts et en connaissant la probabilité de retirer un bénéfice ou un dommage d'un examen, que le patient sera capable de prendre une décision en coopération avec son médecin, et en évitant un modèle consumériste de l'utilisation des examens médicaux. 

Références:

1) International Epidemiological Association. A dictionary of epidemiology 4th ed. Oxford University Press, 2001
2) Brotons C, Bulc M, Sammut MR, Sheehan M, Manuel da Silva Martins C, Björkelund C et al. Attitudes toward preventive services and lifestyle: the views of primary care patients in Europe. The EUROPREVIEW patient study. Fam Pract 2012; Suppl 1:i168-i176.
3) Martins C, Azevedo LF, Ribeiro O, Sa L, Santos P, Couto L, et al. A population-based nationwide cross sectional study on preventive health services utilization in Portugal— What services (and frequencies) are deemed necessary by patients? PLoS ONE 2013;8:e81256.
4) Krogsboll LT, Jorgensen KJ, Gronhoj Larsen C, Gotzsche PC. General health checks in adults for reducing morbidity and mortality from disease: Cochrane systematic review and metaanalysisBMJ 2012;345:e7191
5) Welch HG. Overdiagnosed: making people sick in the pursuit of health. Beacon Press, 2011
6) Gervas J, Starfield B, Heath I. Is clinical prevention better than cure? Lancet 2008;372:1997–9

2 commentaires:

  1. Il est vrai qu'aujourd'hui pour le moindre bobo, nous avons une panoplie d'examens. Aux Etats-Unis, le peur du procès est grande et cette pratique est massivement utilisée. En France, je ne comprends pas la tendance. Elle aide simplement la Sécu à creuser un peu plus son déficit.

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  2. La raison à cette « paranoïa » poussant les gens à effectuer tout un tas d’examens médicaux est qu’on vit actuellement dans une société où on ne se sent plus en sécurité nulle part. Mais avouons-le, est-ce la situation qui va mal ou c’est nous qui dramatisons ? On ne peut même plus manger un simple légume en conserve sans mesurer le taux de cholestérol, de sucre, de colorants et bien sur de calories, etc. La nourriture et le mode de vie devient un dogme inaccessible aux gens normaux. Alors, il est clair qu’effectuer un examen médical plus que de coutume n’est pas une excellente alternative.

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